Je ne sais pas si vous avez déjà eu la chance d’observer des CM2 sur la cour de récréation à partir de la fin mai, mais croyez-moi c’est très instructif. Ils sont tout feu, tout flamme. On ne les reconnaît plus. De vrais caïds, les voilà plus grands qu’ils ne le sont et surtout remettant tout en cause : les règles, la loi, leurs relations aux plus jeunes et surtout la manière de se regarder. Et tout cela se répète presque inévitablement tous les ans et quelque soit les écoles ou les groupes classes. Rien de bien étonnant pourtant. C’est le comportement de tout être humain à l’approche d’un moment critique, sentant la rupture approcher. Et dans ce cas précis, c’est de l’entrée au collège qu’il s’agit. Les grands de la cour des petits vont devenir les petits de la cour des grands.

Toute rupture est constitutive.  On entre dans une nouvelle phase de notre vie. On quitte l’enfance. On passe dans le monde des adolescents. A la fois anxiogène et enivrant, ce passage peut être constitutif , peut réellement faire grandir. Mais à une seule condition. Que cette rupture se fasse dans la continuité!

Cela peut paraître paradoxale mais il en est ainsi. Et dans la vie d’un élève les ruptures sont nombreuses.

  • On quitte la maternelle pour entrer au CP.
  • On quitte le primaire pour entrer au collège.
  • On quitte le collège pour le lycée ou le monde de l’apprentissage.
  • On quitte le lycée pour les études supérieures ou la vie active.

Si les ruptures se suffisaient à elles-mêmes tout serait simple. Nous n’aurions rien à faire car les fossés entre ces structures sont déjà bien présents. Mais rien n’est jamais simple et tout notre travail d’éducateur va résider à mettre de la continuité dans ces temps de cassure. Alors bien évidemment, on n’a pas attendu que le ministère ne sorte un texte de loi pour créer des ponts, pour tisser des liens. Surtout que ce texte ne s’impose pas à nous et qu’il ne traite que d’une seul de ces ruptures scolaires. Toutefois, il a l’intérêt de pointer du doigt une difficulté de notre système scolaire. Il a l’avantage de remettre l’élève au centre et de nous rappeler que l’école avec un grand E se doit de tout faire pour accompagner chacun et lui permettre de grandir sereinement. Ce texte ne s’impose à nos établissements et pourrait être très difficile à appliquer dans le cadre de notre organisation locale. Quand l’école publique dispose d’écoles et d’un collège de rattachement, tout va bien. On sait avec qui on va travailler. Mais quand nous n’avons aucune carte scolaire, quand les parents sont libres de choisir leur établissement ou quand dans une école, les élèves vont à part égale dans 3 collèges tout devient plus complexe. Dans le cas de nos institutions scolaires où l’école et le collège sont sur le même site, nous l’avons vu avec nos chefs d’établissements du premier degré, tout est simplifié.

Mais pour autant, nous avons affaire à deux mondes bien distincts. Deux cultures professionnelles. Deux habitudes de travail bien distinctes. Et sans jeter la pierre sur tel ou tel degré, la journée d’un professeur de cycle 3 est bien différente de celle d’un professeur de collège. Organiser une simple rencontre entre ces deux « mondes » relève bien souvent de la performance. Et quand le collège ne dispose que de 4 classes et que presque tous les enseignants sont à temps partiel dans cet établissement, je vous laisse imaginer. Pour autant, on ne peut se satisfaire d’excuses organisationnelles ou de soucis d’adultes pour se dédouaner de nos responsabilités. Permettre à tous les jeunes qui nous sont confiés, de grandir et d’apprendre sereinement en les accompagnant dans les ruptures; que celles-ci soient l’entrée au collège, au lycée, à l’université ou dans le monde du travail. Telle est notre mission.

Notre travail n’est donc pas tant de s’harmoniser sur ce que pourrait être notre conseil-collège que la prise en charge et l’accompagnement de chacun des élèves qui nous sont confiés et ce tout au long d’un parcours scolaire allant de la maternelle à la vie active.

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